Ossétie du sud: un conflit inévitable
Si vous avez suivi quelque peu l’actualité de ce week-end,
vous n’avez pas pu échapper à ces images de bombardements, de morts et de réfugiés fuyant les combats. Une guerre vient d’éclater dans la nuit du 7 au 8 août, aux confins de l’Europe, à seulement 3000 kilomètres de la France. Peut-on réellement être surpris par son déclenchement ? En aucun cas. Le Caucase est une véritable poudrière, et l’Ossétie du Sud l’une de ses mèches, rallumée brutalement, et qui risque d’embraser désormais toute la région.
Mais d’abord, qu’est-ce que l’Ossétie du Sud ?
Une région montagneuse du nord de la Géorgie, limitrophe de la Russie, d’un peu plus de quarante mille habitants. Une région autonome, créée par l’Union Soviétique en 1922 et rattachée à la Géorgie. Quand cette dernière accède à l’indépendance à la chute de l’URSS en 1991, elle supprime l’autonomie accordée aux ossètes qui passent sous totale souveraineté géorgienne. Depuis, la région ne cessera de revendiquer son indépendance sans jamais l’acquérir. Une guerre verra s’affronter les séparatistes et l’armée géorgienne en 1991-1992, des référendums viendront appuyer la volonté d’indépendance des ossètes, mais ils ne seront jamais reconnus. La Géorgie n’entend pas abandonner une région qui est partie intégrante de son territoire et de son histoire. Sans véritable issue salvatrice, le conflit latent ne pouvait qu’éclater un jour ou l’autre.
Les combats débutent dans la nuit du 7 au 8 août, quand les forces géorgiennes, appuyées par leur aviation, lancent une offensive contre la région auto-proclamée et prennent une partie de sa capitale, Tskhinvali. Puis, le 8 août, des soldats russes auraient été tués selon Moscou lors d’une attaque géorgienne. La Russie ne peut laisser impuni la mort de ses militaires et lancent une contre attaque sur la Géorgie, bombardant nombre de ses ports stratégiques avant de les bloquer avec sa flotte, et d’occuper avec ses forces terrestres l’Ossétie du Sud. Depuis, de violents combats font rage en Géorgie, le pays étant officiellement en état de guerre. La bataille de l’information fait également rage entre les deux camps, rendant bien obscur tout décryptage net et précis de la situation véritable dans la région. La Russie estime légitime et nécessaire par la voix de son premier ministre, Vladimir Poutine, son intervention, accusant son voisin de politique criminelle en Ossétie, et de nettoyage ethnique, tandis que la Géorgie l’accuse de crimes de guerre et appelle à l’aide la communauté internationale contre la violation de son territoire par Moscou. Alors, qui est responsable de ce nouveau désastre ? Souligner la culpabilité de l’un ou de l’autre des belligérants n’est pas notre but, dans cet imbroglio politico-militaire, cela est même impossible et relève de la subjectivité de tout un chacun. Penchons-nous plutôt sur les enjeux véritables de cette opposition.
Les relations entre la Géorgie et la Russie n’ont cessé de se dégrader depuis quelques années déjà. En 2004, année de la “Révolution des Roses” en Géorgie, accède à la présidence du pays Mikhail Saakachvili, de mouvance nationaliste et donc opposé à l’influence que Moscou peut exercer sur son pays. La Géorgie ne cessa donc, au détriment de la Russie, de se rapprocher de l’Occident, et récemment d’essayer d’intégrer l’OTAN, volonté refusée incontestablement par la Russie de Medvedev et Poutine, rejetant ainsi une possible implantation de l’influence américaine dans le Caucase, considérée depuis toujours par Moscou comme sa zone d’influence exclusive. C’est que, depuis la chute de l’URSS, l’influence russe perd peu à peu pied dans ce qui était, sous l’ère soviétique, un territoire acquis. La Russie a besoin de réaffirmer sa puissance tant politique que militaire, et reprendre la main sur le Caucase qui se tourne toujours plus, à l’image de la Géorgie, vers l’Occident et les États-Unis. Des soldats russes, membres de la force de maintien de la paix russo-ossèto-géorgienne, mise en place après la 1ère guerre de 91-92 en Ossétie, ont semble-t-il été tués. La Russie ne peut laisser un tel affront à sa puissance impunie. N’oublions pas, également, que la quasi-totalité des ossètes possèdent la nationalité russe même si cette région n’est pas reconnue par Moscou officiellement comme indépendante de la Géorgie. Le conflit russo-géorgien cache également d’importants enjeux économiques. Le Caucase est une région stratégique dans l’acheminement des ressources pétrolières et gazifières d’Asie Centrale vers l’Europe, devenant ainsi un concurrent sérieux de la Russie qui, jusqu’à présent, détient le monopole de son acheminement grâce à la position de son territoire, leur conférant ainsi une puissance politique plus qu’importante, en conteste la crise énergétique qui opposa le pays à l’Ukraine à l’hiver 2006. Dans cette conjoncture mondiale d’épuisement des ressources énergétiques et de réchauffement climatique, le contrôle de ces ressources devient un enjeu primordial. Et, pour la Russie, rendre la région instable et donc non attractive pour les intérêts économiques européens vis-à-vis de leur énergie, une quasi nécessité.
Désormais, tous les regards se tournent vers la communauté internationale pour envisager une issue au conflit dont les principales victimes se trouvent encore et toujours parmi les populations civiles. Face à la rivalité des deux pays, que peut faire la communauté internationale ? Dès le commencement des hostilités, le conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni mais les discussions n’ont pas abouti. Sérieusement, que peuvent envisager les Nations Unies comme résolution vis-à-vis de cette guerre ouverte ? N’oublions pas que la Russie est l’un des cinq membres permanents du conseil de sécurité, et peut ainsi faire obstacle à toute résolution qui ne lui conviendrait pas par son veto ! Puisque le conflit se déroule aux confins de l’Europe, l’Union Européenne semble être un intermédiaire de premier choix. Encore faut-il que ses membres se mettent d’accord ! Tandis que l’Allemagne accuse la Géorgie, les anciens pays du bloc soviétique se dressent contre la Russie pendant que la Suède va jusqu’à comparer l’attitude russe à la politique nazie menée en Europe centrale par le IIIe Reich ! C’est à la France, adepte des négociations et des pourparlers souvent stériles, qui, depuis le 1er juillet dernier, préside l’UE, qu’incombe de mettre les 27 états-membres sur la même longueur d’onde et de donne à l’Europe l’occasion de jouer un rôle primordial au niveau mondial. Tel est le premier vrai test international de Nicolas Sarkozy depuis son élection, celui qui veut donner un rôle primordial de premier plan à la France.
Une solution doit rapidement être trouvée. Car, au delà du conflit russo-géorgien en Ossétie du Sud, c’est tout le Caucase, région stratégique, qui est menacée d’embrasement. Déjà, la République auto-proclamée d’Abkhazie, région du nord-ouest de la Géorgie, séparatiste tout comme l’Ossétie du Sud, est à son tour entrée en guerre samedi contre la Géorgie. Et au vu des enjeux du conflit (politiques, territoriales, économiques et militaires), de la volonté des belligérants et de l’inertie internationale ponctuée par des discours sans actes, la suite des évènements n’envisage rien de bon.
Jayjay210.

Voilà de quoi nous éclaicir sur cette sombre affaire.
Merci. Espérons juste que ton pessimisme ne soit pas vérifié…
Je l’espère aussi, mais, apparemment, la situation se décante un peu, sans toutefois être claire et stabilisée. Russes et Géorgiens continuent de se rejeter la faute mutuelle et de s’accuser de génocide. Cela ne mettra en rien un terme aux tensions et aux rivalités, bien au contraire. De toute façon, tant que le statut de l’Ossétie du Sud ne sera pas clairement accepté par tous les partis (provinces géorgienne, région autonome, état indépendant…), on ne pourra jamais voir la crise se résorber, comme le fut le Kosovo en son temps. Et de nombreux autres minuscules états se trouvent dans cette situation dans le monde, aussi de telles guerres ne prendront malheureusement pas fin…